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Le Journal de Rabat
Infrastructures & Financement

TGV Marrakech-Agadir : L'équation financière du siècle.

Par le pôle Macroéconomie

Prolonger la Ligne à Grande Vitesse (LGV) jusqu'au sud est une urgence politique et territoriale. Mais à plus de 50 milliards de dirhams l'estimation initiale, la question n'est plus "faut-il le faire ?", mais "qui va payer ?".

Le Mur de l'Atlas

Le premier TGV (Tanger-Casablanca) a coûté environ 23 milliards de dirhams. Mais il a traversé des plaines. Le tronçon Marrakech-Agadir (230 km) se heurte à la topographie impitoyable du Haut Atlas. Le tracé nécessitera une série de viaducs massifs et de tunnels profonds, pulvérisant les coûts au kilomètre linéaire.

L'ONCF (Office National des Chemins de Fer) a déjà finalisé les études de conception préliminaire. Les estimations budgétaires internes oscillent entre 50 et 75 milliards de dirhams (soit près de 5% à 7% du PIB national).

Les Options de Financement sur la Table

1. Le Partenariat Public-Privé (PPP)

C'est l'option privilégiée par l'État pour ne pas faire exploser la dette souveraine. L'idée est d'octroyer une concession (construction, entretien, voire exploitation) à un consortium international. Mais les PPP ferroviaires sont notoirement complexes. Le trafic voyageurs (estimé à quelques millions par an) ne générera jamais assez de revenus billetterie pour rentabiliser l'investissement. L'État devra verser des "loyers" massifs (paiements de disponibilité) sur 30 ou 40 ans.

2. L'Endettement Souverain Structuré

Comme pour la première ligne, le Maroc pourrait se tourner vers des bailleurs de fonds bilatéraux. La Chine (China Railway Construction) se montre extrêmement agressive, proposant des financements intégrés (prêts de banques d'État chinoises adossés à l'utilisation de technologie chinoise). La France, partenaire historique (SNCF/Alstom), tente de maintenir son monopole avec l'appui de l'Agence Française de Développement (AFD).

Comparatif des Offres de Technologie (Estimations non officielles)
Acteur Avantages Inconvénients Financiers
Consortium Français (Alstom) Continuité technologique (interopérabilité avec Tanger-Casa), maintenance existante. Coût d'acquisition élevé. Taux d'emprunt européen en hausse.
Consortium Chinois (CRCC) Coût d'infrastructure très compétitif. Financement d'État massif (Exim Bank). Risque de "piège de la dette". Standard technologique différent (coûts d'intégration).

L'Impact Économique : Au-delà du Billet

Pour justifier une telle dépense, l'État ne regarde pas le Taux de Rentabilité Interne (TRI) purement financier du projet, mais la Rentabilité Socio-Économique. Relier Agadir à Casablanca en moins de 3 heures (contre 5h-6h aujourd'hui en bus/voiture) modifie l'espace économique :

  • Tourisme : Les touristes atterrissant à Casa/Rabat pourront intégrer Agadir dans des séjours courts.
  • Fret : Bien que le TGV soit pour les voyageurs, il libérera des sillons sur le réseau classique existant (si une ligne fret est construite en parallèle), vital pour le pôle agricole du Souss.
  • Équité territoriale : Agadir a longtemps été perçue comme la "fin" du réseau. La LGV l'érige en pôle central, ouvrant la voie vers les provinces du Sud.

Conclusion

L'arbitrage sera autant géopolitique que financier. Confier ce méga-projet à Pékin ou à Paris enverra un signal fort sur l'alignement diplomatique du Maroc pour la décennie à venir.